France Carrières
Dossier · Monde du travail · 13 min

Égalité femmes-hommes au travail :
où en est-on vraiment ?

À travail égal, salaire égal ? Sur le papier, oui. Dans les faits, un écart de revenu persiste, le plafond de verre résiste et la parentalité pèse encore très inégalement sur les carrières. Écart salarial, index égapro, mixité des métiers, lois : ce dossier fait le point, chiffres publics à l'appui.

Mis à jour mai 2026L'équipe France CarrièresSources : INSEE, DARES, Ministère du Travail

Au sommaire

L'écart salarial réel, décomposé

On entend des chiffres très différents sur « l'écart de salaire » entre femmes et hommes. La raison : tout dépend de ce que l'on mesure. L'INSEE distingue plusieurs niveaux, du plus brut au plus ajusté.

MesureÉcart F/H (privé, ordre de grandeur)
Revenu salarial annuel (tous temps de travail)~ 22-24 %
Salaire net en équivalent temps plein (EQTP)~ 14-15 %
À poste et profil comparables (écart « inexpliqué »)~ 4 %

Autrement dit : une grande partie de l'écart de revenu s'explique par le temps de travail (temps partiel plus fréquent chez les femmes), par la ségrégation professionnelle (femmes et hommes ne se répartissent pas dans les mêmes métiers et secteurs), et par les interruptions de carrière. Mais une fraction reste inexpliquée, à profil identique, et constitue le cœur de la discrimination salariale que les politiques publiques cherchent à résorber.

À retenir

L'écart « inexpliqué » d'environ 4 % ne signifie pas que tout le reste est « justifié » : le temps partiel subi ou le cantonnement à des métiers moins valorisés sont eux-mêmes des inégalités structurelles, pas de simples « choix » individuels.

L'index égapro : une note sur 100

Créé par la loi « Avenir professionnel » de 2018, l'index de l'égalité professionnelle (« égapro ») oblige toute entreprise d'au moins 50 salariés à calculer et publier chaque année une note sur 100. C'est aujourd'hui l'outil de référence du Ministère du Travail pour objectiver les écarts.

L'index agrège plusieurs indicateurs :

  • L'écart de rémunération entre femmes et hommes (l'indicateur au poids le plus lourd).
  • L'écart de répartition des augmentations individuelles.
  • L'écart de répartition des promotions (pour les entreprises de plus de 250 salariés).
  • Le pourcentage de salariées augmentées au retour de congé maternité.
  • La parité parmi les dix plus hautes rémunérations de l'entreprise.

Le seuil des 75 points

En dessous de 75/100, l'entreprise doit définir des mesures de correction et publier des objectifs de progression. Faute de progrès au bout de trois ans, elle s'expose à une pénalité financière pouvant atteindre 1 % de sa masse salariale. La note moyenne nationale dépasse aujourd'hui 85 points, mais c'est l'indicateur « 10 plus hautes rémunérations » qui reste le plus défaillant.

Pour vérifier la note d'une entreprise, les résultats sont publics et consultables sur le site du Ministère du Travail (égapro).

Le plafond de verre et les quotas

Plus on s'élève dans la hiérarchie, plus la part des femmes diminue. Ce « plafond de verre » se mesure facilement : les femmes sont majoritaires parmi les employés, à peu près à parité parmi les professions intermédiaires, mais nettement minoritaires dans les directions générales et les comités exécutifs. Deux lois ont imposé des quotas pour forcer le mouvement.

  • Loi Copé-Zimmermann (2011) : impose un minimum de 40 % de chaque sexe dans les conseils d'administration et de surveillance des grandes sociétés. Cet objectif est aujourd'hui largement atteint pour les conseils — mais il ne concernait pas les postes exécutifs.
  • Loi Rixain (2021) : étend la logique de quotas aux instances dirigeantes et aux cadres dirigeants des entreprises d'au moins 1 000 salariés, avec un objectif de 30 % de femmes puis 40 % à horizon 2027-2029.

Là où le plafond reste le plus épais

Les conseils d'administration se sont féminisés vite grâce aux quotas, mais les postes opérationnels de pouvoir (direction générale, comités exécutifs) restent très majoritairement masculins. C'est précisément la cible de la loi Rixain et de la directive européenne « Women on Boards ».

Temps partiel, parentalité et carrière

Une partie décisive des inégalités se joue au moment de la parentalité. C'est ce que les économistes appellent la « pénalité de la maternité » : la trajectoire salariale des mères décroche durablement après une naissance, alors que celle des pères est peu affectée.

  • Temps partiel : environ une femme active sur quatre travaille à temps partiel, contre moins d'un homme sur dix. Une part non négligeable est « subie », faute de temps plein disponible.
  • Congé parental : il est très majoritairement pris par les mères, ce qui creuse l'écart de progression et de droits à la retraite.
  • Congé de paternité : allongé à 25 jours (28 pour naissances multiples) depuis 2021, dont une partie obligatoire, pour rééquilibrer le partage des charges parentales.

Les comparaisons internationales le montrent : les pays où le congé du second parent est long et bien indemnisé sont aussi ceux où l'écart de revenu femmes-hommes est le plus faible. Le partage de la parentalité est un levier d'égalité à part entière.

La mixité des métiers, angle mort de l'égalité

La France reste l'un des pays où les métiers sont très « genrés ». Selon la DARES, une minorité seulement des familles de métiers peuvent être qualifiées de mixtes (entre 40 % et 60 % de chaque sexe). La majorité des actifs travaillent dans des métiers fortement masculins ou fortement féminins.

  • Métiers très féminisés : aide à domicile, aide-soignant, secrétariat, enseignement, services à la personne, soins. Ce sont souvent des métiers à temps partiel fréquent et à rémunération modérée.
  • Métiers très masculinisés : BTP, industrie, transport, maintenance, informatique technique, métiers de la sécurité.

Or beaucoup de métiers très masculins sont aussi des métiers en tension qui peinent à recruter et offrent de réelles perspectives : leur ouverture aux femmes est à la fois un enjeu d'égalité et de réponse aux pénuries de main-d'œuvre. Pour explorer ces opportunités, consultez notre dossier Métiers en tension et notre panorama des secteurs qui recrutent.

Questions fréquentes

Quel est l'écart de salaire réel entre les femmes et les hommes ?

Selon l'INSEE, en équivalent temps plein, les femmes perçoivent un salaire net horaire inférieur d'environ 14 à 15 % à celui des hommes dans le secteur privé. Mais si l'on raisonne en revenu salarial annuel — qui intègre le temps partiel et les interruptions de carrière, plus fréquents chez les femmes — l'écart grimpe à environ 22 à 24 %. À poste, expérience et caractéristiques comparables, il subsiste un écart « inexpliqué » de l'ordre de 4 %, souvent attribué à la discrimination.

Qu'est-ce que l'index de l'égalité professionnelle (égapro) ?

L'index égapro, instauré par la loi « Avenir professionnel » de 2018, est une note sur 100 que toute entreprise d'au moins 50 salariés doit calculer et publier chaque année. Il agrège plusieurs indicateurs : écart de rémunération, écart de répartition des augmentations et des promotions, augmentations au retour de congé maternité, et part de femmes parmi les dix plus hautes rémunérations. En dessous de 75 points, l'entreprise doit prendre des mesures correctives sous trois ans, sous peine de pénalité financière.

Qu'est-ce que le « plafond de verre » ?

Le plafond de verre désigne l'ensemble des obstacles invisibles qui freinent l'accès des femmes aux postes à responsabilité. Concrètement, plus on monte dans la hiérarchie, moins les femmes sont représentées : elles sont majoritaires parmi les employés mais nettement minoritaires dans les comités exécutifs et les directions générales. La loi Copé-Zimmermann (2011) puis la loi Rixain (2021) ont imposé des quotas progressifs pour les conseils d'administration et les postes de direction des grandes entreprises.

Le temps partiel explique-t-il une partie des inégalités ?

Oui, en grande partie. Le temps partiel concerne nettement plus les femmes que les hommes : environ une femme active sur quatre travaille à temps partiel, contre moins d'un homme sur dix. Une part de ce temps partiel est « subi » (faute d'emploi à temps plein disponible). Or le temps partiel réduit mécaniquement le revenu, les droits à la retraite et souvent les perspectives de promotion, ce qui creuse l'écart de revenu salarial sur l'ensemble de la carrière.

Le congé parental aggrave-t-il les écarts de carrière ?

Le congé parental est très majoritairement pris par les mères, ce qui pèse sur leur progression salariale. Pour rééquilibrer, le congé de paternité et d'accueil de l'enfant a été allongé à 25 jours (28 en cas de naissances multiples) en 2021, dont une partie obligatoire. L'objectif est d'encourager un partage plus équilibré des responsabilités parentales, condition reconnue d'une meilleure égalité professionnelle à long terme.

Que dit la loi sur l'égalité salariale ?

Le principe « à travail égal, salaire égal » figure dans le Code du travail depuis longtemps, mais son application a été renforcée par plusieurs lois : la loi Copé-Zimmermann (2011) sur les quotas en conseil d'administration, la loi « Avenir professionnel » (2018) créant l'index égapro, et la loi Rixain (2021) imposant des quotas de femmes parmi les cadres dirigeants et les instances dirigeantes des grandes entreprises à horizon 2027-2029. Une directive européenne sur la transparence des rémunérations vient par ailleurs imposer de nouvelles obligations.

Pour aller plus loin

Comprendre les salaires en France et les métiers qui offrent de réelles perspectives, quel que soit votre profil.

Et vous, où en êtes-vous ?

On fait le point ensemble ?

Quelques questions simples, et on vous dit ce à quoi vous semblez avoir droit (financements, dispositifs) et vos prochaines étapes concrètes. Gratuit, 2 minutes, sans engagement.