La reconversion ou promotion par alternance (Pro-A) est le dispositif méconnu qui permet à un·e salarié·e en CDI de se former à un nouveau métier dans son entreprise, en alternance, avec maintien du salaire et formation 100 % financée par l'OPCO de la branche. Conditions, secteurs éligibles, montage du dossier, alternatives en cas de refus.
La Pro-A (« reconversion ou promotion par alternance »), instituée par la loi Avenir professionnel du 5 septembre 2018, est un dispositif qui permet à un·e salarié·e en CDI de changer de métier, d'évoluer professionnellement ou d'obtenir une qualification supérieure par la voie de l'alternance, sans rupture de son contrat de travail.
Concrètement, le contrat de travail initial est complété par un avenant qui formalise la période de formation en alternance. Pendant la Pro-A, le ou la salarié·e alterne entre périodes en entreprise et formation théorique en organisme certifié. Le salaire est maintenu (au minimum à son niveau antérieur) et les frais pédagogiques sont pris en charge à 100 % par l'OPCO de la branche professionnelle.
À retenir : la Pro-A est l'un des rares dispositifs où la reconversion se fait sans démission, sans perte de revenus et sans avancer un seul euro. La contrepartie : elle ne fonctionne que si l'employeur accepte et si la qualification visée figure sur la liste de la branche.
Pro-A ≠ contrat de professionnalisation
Le contrat de professionnalisation s'adresse principalement aux demandeurs d'emploi et nouveaux embauchés. La Pro-A s'adresse exclusivement aux salarié·e·s déjà en poste en CDI (ou en CUI à durée indéterminée pour les structures concernées). Pas d'embauche neuve, pas de rupture de contrat : une période d'alternance greffée sur un CDI existant.
L'article L6324-1 du Code du travail fixe trois conditions cumulatives pour bénéficier de la Pro-A.
Être en CDI (ou statut équivalent)
La Pro-A est ouverte aux salarié·e·s en contrat à durée indéterminée, aux bénéficiaires d'un contrat unique d'insertion à durée indéterminée et aux salarié·e·s placés en activité partielle. Les CDD et intérimaires en sont exclus.
Avoir un niveau de qualification ≤ Bac+2
Vous devez détenir au plus une qualification de niveau 5 (Bac+2 type BTS, DUT, DEUG). Les salarié·e·s déjà diplômé·e·s d'une licence ou plus ne sont pas éligibles. L'objectif politique est de favoriser la promotion sociale par la formation.
Viser une certification figurant sur la liste de branche
Les diplômes ou titres accessibles en Pro-A sont définis par accord collectif de branche. Chaque branche professionnelle (santé, métallurgie, BTP, commerce…) publie sa propre liste. Si le titre visé n'y figure pas, la Pro-A est refusée — c'est la condition la plus restrictive.
Le piège du niveau Bac+2
Le plafond Bac+2 s'apprécie sur le diplôme le plus élevé obtenu, pas sur la qualification effectivement exercée. Si vous avez une licence ou un master mais que vous travaillez comme employé qualifié sans rapport, vous restez juridiquement non éligible. Vérifiez avec votre service RH ou votre OPCO avant de monter le dossier.
La liste des certifications accessibles dépend intégralement de la branche professionnelle. Les branches qui mobilisent le plus la Pro-A en 2024-2025 (sources OPCO et ministère du Travail) sont :
Branche
Santé et médico-social
Aide-soignant·e (DEAS), AES (DEAES), auxiliaire de puériculture (DEAP), infirmier·ère (DEI dans certains cas). OPCO Santé.
Branche
Industrie / métallurgie
Technicien·ne supérieur·e en maintenance, BTS électrotechnique, titres pros usinage et soudage. OPCO 2i.
Branche
BTP et travaux publics
Conducteur·rice de travaux, chef·fe de chantier, BTS bâtiment, titres pros couvreur, charpentier. Constructys.
Branche
Commerce et distribution
Manager d'unité commerciale, BTS MCO, titres pros vendeur·se conseil, technico-commercial. OPCO Commerce.
Branche
Transport et logistique
Conducteur·rice routier, exploitant·e transport, BTS gestion des transports. OPCO Mobilités.
Branche
Numérique et services aux entreprises
Développeur·se web, technicien·ne support, intégrateur·rice. ATLAS (selon convention).
Comment vérifier que votre certification cible est éligible ?
Contrairement à un CPF ou un PTP que vous pilotez seul·e, la Pro-A se monte à trois — vous, l'employeur et l'OPCO. Voici la chronologie type, en moyenne 2 à 4 mois entre l'idée et le démarrage.
Construire son projet professionnel
Identifier le nouveau métier ou la promotion visée, la certification correspondante, l'organisme de formation. Un bilan de compétences ou un Conseil en Évolution Professionnelle (CEP) peut aider à structurer le projet.
Vérifier l'éligibilité de la certification
Croiser le titre visé avec la liste de branche (cf. OPCO). Cette étape conditionne tout le reste — inutile d'aller plus loin si la certification n'est pas listée.
Solliciter l'employeur
Demande écrite formalisée à votre hiérarchie ou service RH. Argumentez en montrant la valeur pour l'entreprise (compétence rare, mobilité interne, maintien dans l'emploi). L'employeur reste libre d'accepter ou non.
Choisir l'organisme de formation
OF certifié Qualiopi délivrant la certification visée. Faites jouer la concurrence (qualité pédagogique, modalités d'alternance, accompagnement). L'OPCO peut conseiller des partenaires éprouvés.
Avenant au contrat de travail
Signature d'un avenant qui formalise la période de formation (durée, calendrier, certification visée, rémunération maintenue). Cet avenant doit intervenir au plus tard 5 jours avant le début de la Pro-A.
Dossier de financement OPCO
L'employeur (ou l'OF mandaté) transmet à l'OPCO de la branche le dossier de prise en charge : avenant, devis OF, programme pédagogique. L'OPCO valide et débloque le financement (frais pédagogiques, rémunération du tuteur).
Désignation du tuteur en interne
Obligation légale : un·e tuteur·rice salarié·e de l'entreprise, justifiant de 2 ans d'expérience dans le métier visé, accompagne la personne pendant toute la Pro-A. Sa rémunération supplémentaire est prise en charge par l'OPCO.
Une fois le dossier validé et l'avenant signé, la Pro-A démarre. Voici les paramètres clés à connaître.
Durée
De 6 mois à 12 mois minimum (jusqu'à 36 mois pour certains publics ou certifications). La durée est fixée par l'accord de branche.
Rythme
Alternance hebdomadaire ou mensuelle (ex. 1 semaine OF / 3 semaines entreprise). La part de formation théorique représente 15 à 25 % du temps total.
Rémunération
Maintenue au minimum à son niveau antérieur. L'employeur ne peut pas baisser le salaire au prétexte que vous êtes en formation.
Statut
Vous restez salarié·e de votre entreprise sous votre contrat initial, simplement modifié par l'avenant Pro-A. Aucune perte de droits (ancienneté, congés, mutuelle).
Tuteur
Désignation obligatoire. Le tuteur consacre du temps au suivi (suivi pédagogique, intégration des apprentissages). Sa charge est compensée par l'OPCO.
Certification
Évaluation et délivrance du titre par l'organisme certificateur en fin de parcours, dans les mêmes conditions que pour tout candidat à l'alternance.
Après la Pro-A : engagement de maintien ?
Aucune obligation légale de rester dans l'entreprise après obtention du diplôme. Toutefois, certains accords de branche ou avenants individuels peuvent prévoir un engagement de maintien (6 à 24 mois) en contrepartie du financement. Lisez attentivement l'avenant avant signature.
La Pro-A nécessite l'accord express de l'employeur. Si le refus est ferme — pour des raisons d'organisation, de coût indirect (absence en formation) ou de désaccord sur le projet — voici les alternatives concrètes.
Projet de Transition Professionnelle (PTP)
Si la formation visée dure entre 6 mois et 24 mois et débouche sur une certification RNCP, le PTP (anciennement CIF) permet de financer une formation longue avec maintien du salaire à 70-100 %. L'avantage : pas besoin de l'accord de l'employeur sur le fond, juste sur le calendrier (qui peut être négocié ou différé).
CPF avec abondement
Si vos droits CPF couvrent une partie de la formation, vous pouvez compléter avec l'abondement de France Travail (AIF), un financement région ou un cofinancement personnel. Adapté aux formations plus courtes.
Démission-reconversion + contrat pro
Démissionner d'un CDI pour reconversion permet de toucher l'ARE (sous conditions : 5 ans d'ancienneté, projet réel et sérieux validé par Transitions Pro), puis de signer un contrat de professionnalisation chez un autre employeur. Combiné, c'est l'équivalent d'une Pro-A externalisée.
Mobilité interne hors Pro-A
Certaines entreprises financent en plan de développement des compétences (PDC) des formations diplômantes équivalentes, sans passer par le cadre Pro-A. Demandez à votre RH si une autre voie de financement interne est possible.
Reporter et représenter le dossier
Si le refus est lié au contexte (charge de travail saisonnière, départs en parallèle), reportez de 6 à 12 mois et représentez le dossier en argumentant mieux : valeur business pour l'entreprise, plan de remplacement pendant les absences, engagement de fidélité.
Oui. C'est même son objectif principal : la reconversion. Vous pouvez passer d'un poste administratif à un métier soignant, d'un poste d'employé à un métier technique, etc. — à condition que la certification visée figure sur la liste de votre branche.
Oui, sans avoir à motiver son refus de manière approfondie. La Pro-A repose sur un accord employeur-salarié·e. Si la demande est refusée, vous pouvez reposer le dossier ultérieurement, négocier une mobilité interne hors Pro-A, ou basculer sur un PTP / démission-reconversion.
Non. La rémunération est intégralement maintenue à son niveau antérieur. C'est l'un des atouts majeurs du dispositif : pas de perte de pouvoir d'achat pendant la formation.
Entre 150 heures et 25 % du temps total de la Pro-A pour la part « formation théorique », avec des dérogations possibles (jusqu'à 50 %) pour certains publics et certifications. La durée totale du dispositif va de 6 à 36 mois selon l'accord de branche.
Oui, les salarié·e·s en CDI à temps partiel sont éligibles. La durée de la formation et le rythme d'alternance s'adaptent au temps de travail contractuel.
L'échec à la certification ne remet pas en cause votre contrat de travail. Vous restez salarié·e dans votre poste initial. Selon les accords de branche, vous pouvez parfois représenter l'examen, ou re-mobiliser le CPF pour acquérir les blocs manquants.
Oui, à condition qu'il ou elle justifie d'au moins 2 ans d'expérience dans le métier visé par la formation. En pratique, on choisit souvent un·e collègue expérimenté·e du futur métier (par exemple, un·e aide-soignant·e confirmé·e si vous visez le DEAS).
Le dispositif reste sous-utilisé : environ 30 000 à 50 000 bénéficiaires par an d'après les bilans annuels des OPCO, principalement dans l'industrie, la santé et le commerce. Le principal frein identifié est la méconnaissance, à la fois côté salarié·e·s et côté RH.
La Pro-A est un dispositif public — France Carrières ne propose aucun service Pro-A. Si vous cherchez une alternative ou une formation diplômante finançable autrement (PTP, CPF, démission-reconversion), notre comparatif des formations de reconversion liste les acteurs sérieux.
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